LE TRAITE DE VIE JUDICIAIRE D'ALEXIS MANCILLA

 

Comment transmettre votre Cabinet sans fiscalité

Vous avez cinquante ans (âge minimum). Vous désirez céder votre Cabinet pour chasser le rêne dans les forêts boréales. Comment faire? Prenez une jeune collaboratrice. Si possible belle (quoique cela ne soit point indispensable) et flatteuse. Elle vous dira des mots gentils, vous ouvrira les yeux sur la nécessité d'abandonner votre femme et vos quatre enfants qu'une vision étroite ne vous avait jamais permis d'évaluer à la hauteur de leur perfidie.
Très amoureux de vous, elle ne vous le dira pas les premiers temps bien que ses attitudes la trahissent (position lascive en vous écoutant, jambes croisées sur le sommet de la tête, etc ?). Elle vous démontrera que vos amis sont des idiots avec lesquels vous devez cesser d'échanger des idées sous peine de devenir rapidement très bête. En quelques mois, vous renaîtrez à la vie: seul, ne parlant plus à personne, vous reviendrez aux fondamentaux de votre existence : à savoir manger et dormir.
Vous serez à point pour quitter un Cabinet qui vous aura déjà quitté. Vous l'aurez cédé sans la moindre fiscalité puisque ne valant plus rien. Et vous pouvez partir chasser le rêne en Sibérie, pour peu que vous ayez pris la précaution de faire au préalable quelques économies. Ah, mon ami le rêne, partageons ces jolis bois.


Comment saluer un Magistrat

Ma hantise, durant les premières années de mon âge professionnel, a été d'oublier de saluer un Magistrat. Non pas en raison de l'incorrection de la retenue, mais bien entendu pour les conséquences néfastes que cela pouvait avoir sur l'arbitrage de mes futurs combats.

Heureusement, la destinée me donna un matin la céleste réponse. Je me promène dans un couloir, je croise une ombre que mon inconscient assimile au Président de juridiction. Je le salue obséquieusement tout en continuant de penser à autre chose. L'écho me renvoie le bonjour, du moins ai-je la faiblesse de le penser.

Ce n'est que quelques instants plus tard que je m'aperçois de l'erreur: j'ai salué le concierge, lequel, tout honoré m'a répondu.

Depuis, la peur m'a quitté. Je salue tout ce qui passe et peut ressembler de près ou de loin à un Magistrat avec le phrasé et la gestuelle des courtisans louisquatorziens. La technique permet de répondre à chaque cas de figure :
- Il s'agit du Président ? Tout est parfait.
- D'un Magistrat de rang inférieur ? Vous ne faites qu'anticiper sa promotion future,
- D'un non Magistrat ? Il est très honoré.
- D'un Confrère ? vous lui avez suggéré pudiquement sa reconversion méritée.
- L'autre se met à rire ? Vous avez égayé sa journée.

Ainsi va la vie (de Palais).