BONNES FEUILLES
par Jean-Jacques Ninon

 

 

 


Même ceux qui n'ont pas eu le plaisir d'apprécier son extrême urbanité en le croisant au Palais, connaissent ce confrère devenu avocat honoraire. D'une façon ou d'une autre. Soit en tant qu'enseignant au CFPA ; soit comme rédacteur de multiples articles de doctrine dans des revues idoines ou de chapitres entiers du « Jurisclasseur » ; soit comme auteur de divers manuels de droit, dont surtout un traité de la déontologie de notre profession. Lequel est devenu une référence, puisqu'on le désigne désormais par « Le Martin » (qui en est à sa 9e édition). Comme on dit « Le Damien ».

Mais ce qui est moins notoire, c'est que Raymond Martin est également un mélomane averti – pour avoir commis, par exemple, « Plus rien après Mozart » –, un artiste lui-même, ayant écrit deux recueils de poésies (« L'an quarante », « Cas fortuits »), un germaniste, passionné d'histoire (« Le national socialisme, une dictature populaire »).

Son dernier ouvrage est justement de cette veine. R. Martin se glisse dans la peau d'un clerc de notaire tenant, en 1534-1535, le « Journal d'une apocalypse ». Celle de la révolution anabaptiste, fomentée à Münster, en Westphalie, par les rebaptisés. Non seulement les violences et dérives inhérentes au processus – quelle que soit l'époque ou la période – sont minutieusement décrites, mais, plus précisément, décryptées. Car s'agissant d'un renversement politique d'origine sociale, masqué par des paravents religieux, le pouvoir aboutit dans les mains de quelques uns, puis d'un seul tyran se présentant comme un prophète guidé par la volonté divine. Brandissant pour texte de loi, un livre saint. En l'occurrence la Bible. Pour accomplir exactions comme exécutions, régenter tout acte, y compris les façons de se sustenter ou de se vêtir. Mais ne confondez pas. Cela se passe dans le Saint Empire Romain Germanique, au XVIe siècle. Et non, ailleurs, au XXIe siècle.

Cette parabole est suivie d'un court récit. Bien différent, même s'il se déroule toujours à Münster. Mais, cette fois-ci, en 1938, puis en 1945. Un amour d'adolescence d'un étudiant français (Raymond ?) avec une gretchen. Avant et après-guerre. Idem pour la walkyrie : avant et après. Donc les années en plus. Le physique en moins. Passade mélancolique, sinon triste. Mais poétique. Même en écrivant de la prose, Raymond Martin fait de la poésie sans le savoir.

« Journal d'une apocalypse », suivi du « Roi des Aulnes », éditions Edilaix.