LES DROITS D'AUTEUR, C'EST SORCIER

Jean-Jacques Ninon

 

Depuis le 14 avril, se déroule à Manhattan, un procès en sorcellerie intenté par J. K. Rowling, l’auteur de la saga de Harry Potter, vendue à 400 millions d’exemplaires, traduite en 64 langues et adaptée cinématographiquement cinq fois.

L’auteur(e) s’en prend à Steven Vander Ark, un bibliothécaire de collège. En 2000, il a créé l'un des sites les plus exhaustifs consacrés aux aventures du jeune sorcier : le Harry Potter Lexicon, une encyclopédie si précise que l’écrivain(e) elle-même l’utilisait "pour vérifier une information plutôt que d'aller acheter dans une librairie acheter un exemplaire de Harry Potter". Etait-elle trop pingre ou craignait-elle d’augmenter ses ventes, et donc le montant de ses impôts ? Toujours est-il qu’elle décerna, en 2004, à Steven Vander Ark un prix, le « Fan site award ».

Mais toute bonne histoire connaît une chute. En l’occurrence mauvaise, lorsque le bibliothécaire récompensé projeta de publier le contenu de son site chez RDR Books, une petite maison d’éditions américaine. Or, J. K. Rowling avait eu la même idée, celle de réaliser sa propre encyclopédie. Mais Steven Vander Ark la prit de vitesse.

Aussitôt, la romancière et la Warner Bross, détentrice des droits de ses sept tomes, ont saisi la justice à l’encontre de RDR Books. David contre Goliath. Pour les avocats des demandeurs, l’ouvrage dont ils réclament l’interdiction, ne ferait que "compiler des faits (…), sans apporter d'éléments nouveaux, d'analyse, ou de critiques". Il ne s’agirait donc pas d’une "œuvre dérivée", c’est-à-dire inspirée d’une autre, mais comportant des éléments nouveaux pour ne point être considérée comme un plagiat.

Selon l’auteur(e), ce n’est bien entendu pas une question d’argent, compte tenu des droits d’auteur pharamineux qu’elle a emmagasinés. D’ailleurs, elle pensait reverser les bénéfices de son encyclopédie avortée à des organisations caritatives. Son préjudice est essentiellement moral : « La perspective de ce procès a laminé mon énergie. Depuis un mois, je suis incapable d’écrire. M. Vander Ark a purement et simplement torpillé mon livre. Il a pillé mon travail. Je me sens trahie. Tous ces personnages signifient tant pour moi. Mes livres m’ont sauvé la vie ».

Bien que Steven Vander Ark, ne soit pas concerné par le procès - son contrat prévoyant que son éditeur endosse toute la responsabilité de la publication – s’insurge. Non seulement son livre est le fruit d’un travail personnel, mais il contribue à magnifier l’œuvre de J. K. Rowling. Quant à son éditeur, il interroge : Mme Rowling détient-elle « le monopole sur ce qui se publie en matière de guides de référence ou de travaux de recherche non universitaire concernant son œuvre ? »

Si l’écrivain(e) prétend être perturbée par les affres d’un procès, elle n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Elle a déjà assigné un éditeur néerlandais dont elle a obtenu la condamnation pour plagiat. La fin de l’histoire ne dit pas la destination des indemnités perçues. Son compte ou celui d’une œuvre de bienfaisance ?.