ROUE LIBRE

Pasquale Caminiti

Nous partîmes 500


 

 

Véritable phénomène automobile et culturel depuis sa mise en circulation en 1957, le célèbre "pot de yaourt" s'est permis une cure de jouvence en 2007 pour ses 50 ans d'existence.

La sortie de la nouvelle FIAT 500 restera incontestablement l'événement automobile de l'année 2007.

Plus qu'un rajeunissement, la nouvelle "petite souris" de FIAT marque la renaissance d'un mythe populaire toujours fort chez les automobilistes passionnés mais aussi chez les nostalgiques d'une époque révolue, l'occasion de revenir sur son histoire riche.

Car la FIAT 500, à l'instar de la 2CV ou de la Coccinelle, fait partie de cette race de voitures immortelles devenues des icônes générationnelles.

La réussite de modèles mythiques est souvent due au fait que leurs concepteurs ont flairé avant les autres l'air du temps et les désirs de la clientèle. La Fiat 500 est incontestablement de celles là.

Il faudrait d'ailleurs plutôt l'appeler " Nuova 500 ", car elle venait en remplacement d'un modèle portant déjà ce matricule, mais mieux connu sous le nom de Topolino (" petite souris " en italien).


FIAT Topolino

Lancée en 1936, première voiture de grande diffusion en Europe (et fabriquée également sous licence par Simca), la Topolino connut un destin hors du commun.

L'histoire retient que l'idée première vint du dictateur Benito Mussolini, alors au pouvoir en Italie.

En 1930, le Duce avait convoqué le sénateur du Royaume d'Italie, Giovanni Agnelli fondateur de FIAT pour lui faire part de " l'urgente nécessité " de motoriser les Italiens avec une voiture économique dont le prix ne devait pas dépasser 5.000 Lires.

De ces exigences sont nées la Fiat 500 Topolino en Italie, ainsi que la Volkswagen Coccinelle en Allemagne, sous l'impulsion d'Hitler qui s'empara de l'idée de Mussolini…

Mais à l'aube des années cinquante, elle arrivait au terme de son évolution.

Le jeune ingénieur Dante Giacosa fut alors investi de la délicate mission de lui concevoir une remplaçante à sa hauteur.

Ainsi naquit la Nuova 500, plus connue sous le nom de FIAT 500.


Nuova 500 ou Fiat 500

Le succès fut immédiat, mais ne peut s'expliquer par sa conception, plutôt rudimentaire.

En effet le moteur vibrait au ralenti, la boîte non synchronisée craquait (ô joies du double débrayage…), le confort était dégradé par des suspensions très fermes et une insonorisation inexistante.

Qu'importe! L'impardonnable sur une autre était béatement accepté sur la 500 grâce à son charme hors du commun et à une originalité sans précédent.

Parallèlement, la 500 se diversifiait et se déclinait. En break d'abord, avec la Giardiniera, puis en versions sportives, avec les Abarth, frappées du célèbre scorpion.

Mais les carrossiers italiens ne seront pas en reste, au premier rang desquels figurent Autobianchi ou Ghia.

Breaks, cabriolets, coupés, voiture de plage, la FIAT 500 connaîtra un nombre incalculable de déclinaisons plus improbables les unes que les autres…

C'est paradoxalement en fin de carrière, en 1969, qu'elle a atteint ses sommets de production avec la version L qui se voulait citadine de luxe, avec une présentation plus raffinée (chromes, tableau de bord noir mat, moquettes).


FIAT 500 version L

Ses ventes dépassent les 300 000 unités annuelles. Son petit prix, son style, et sa compacité séduisent une large clientèle, que seule l'Austin Mini est en mesure de lui disputer, mais à des prix plus élevés.

La 500 tire sa révérence en 1975, après avoir ravi le cœur de plus de 3,5 millions d'acheteurs.

Il faudra attendre 2007 et les 50 ans d'existence du modèle, pour que FIAT décide de faire renaître de ses cendres la 500.

Fiat lux…

Et la lumière fût.

Le mercredi 4 juillet 2007, après des années de conception et au cours d'un extraordinaire spectacle de son et lumière organisé à Turin, est dévoilée l'ultime héritière de la lignée.

Tout comme son aînée, elle suscite immédiatement un engouement formidable, prenant de court la capacité de production du constructeur.

Les journalistes spécialisés ne s'y sont pas trompés, la récompensant du titre de "Voiture de l'année 2007".

Le secret de cette seconde réussite : des formes manifestement empruntées à l'ancienne 500 et modernisées, avec une finition beaucoup plus fouillée que par le passé.

C'est à croire que cette voiture est marquée du sceau de la nostalgie, du "vintage", principe marketing très à la mode en ce début de siècle, qui démontre bien de manière définitive que devant de tels joujoux, les adultes restent tous de grands enfants…

Quoiqu'il en soit, sur le plan de la conception, la nouvelle 500 ne ressemble en rien à son aînée, beaucoup plus spartiate.

Le confort jadis absent devient une préoccupation essentielle de la nouvelle version, ce qui en fait quasiment un petit objet "tendance", prisée par une clientèle beaucoup plus huppée que la version d'origine. Une version sport Abarth est d'ailleurs attendue très prochainement.

La maison FIAT, jusqu' à lors moribonde, opère ainsi un redressement spectaculaire en faisant du neuf avec du vieux.

La grande force de la 500 est qu'elle nous rappelle tous nécessairement notre enfance, du grand père venant chercher son petit fils à l'école en 500, jusqu' aux amoureux se baladant en 500 dans les rues pavées de Rome…

Si nous partîmes bien 500 en 1957, nous arrivâmes toujours 500 en 2007.

Les mythes sont inévitablement destinés à l'immortalité.