LES PALAIS GOURMETS
par Jean-Jacques Ninon
« Au Rendez-vous des amis ». Ou :
Quand la ville vient à la campagne
176, avenue de Rimiez (près de l’aire Saint-Michel)
- 06100 - Nice
Tél : 04 93 84 49 66
Fermé mardi & mercredi
Aller jusque sur une des collines entourant Nice est, pour certains,
une expédition. C’est un peu vite oublier que les
agréables conditions de vie de notre cité, nous
rendent trop exigeants. Si bien que Cagnes-sur-Mer apparaît
le far-west, en tout cas une incursion à l'étranger,
c'est-à-dire la France, après avoir franchi le fleuve-frontière
du Var (bref aparté : il n'y a que dans ce pays bizarre,
plein d'exceptions, que ne coule pas ce fleuve ayant donné
son nom au département du Var). Que dirions-nous si nous
habitions la région parisienne ? Or, en l'occurrence, c’est,
à peu de distance et de frais, se dépayser en trouvant
un restaurant à 3 km du centre-ville où nous sommes
à la campagne. Et avec une cuisine non de l’arrière-pays,
mais « bourgeoise », comme on l’appelait encore
jusque dans l’immédiat après-guerre. Qualification
qui n’avait rien de péjoratif à une époque
où faisait pourtant fureur la lutte des classes.
Imaginez-vous un établissement avec une charmante tonnelle
pagnolesque sous laquelle il est agréable de s’attabler
l’été, avec, à ses pieds, un jeu de
boules, auxquelles je ne touche pas, préférant d’autres
amusements. Imaginez-vous aussi, à prix très modérés,
des repas concoctés non par un, mais par deux chefs de
qualité. Impossible, direz-vous, l’imagination lui
joue des tours.
Eh bien, non. Thierry Bagnis, après avoir fait partie avec
sa femme, Isabelle, de la brigade de Dominique Le Stanc au «
Negresco », fut le chef du « Château Eza »,
à Eze-Village. Comme leur ami Le Stanc, lorsqu’ils
voulurent se mettre à leur compte, ils cherchèrent
un endroit modeste pour s’installer. Pas de délire,
pas de grosse tête. L’un reprit « La Mérenda
», les deux autres l’établissement «
dont s’agit », comme disent les juristes. Et celui-ci,
avec « L’univers » de Plumail, est certainement
l’un des deux meilleurs rapports qualité-prix de
la Côte.
C’est ainsi que les Bagnis – l’épouse
prépare les entrées et les desserts ; le mari, les
plats principaux – offrent (c’est le mot) une carte
et deux menus-carte à 23,50 € (entrée, plat
et dessert) et à 18 € (entrée et plat ou plat
et dessert, à midi) pour les adultes. Car pour les enfants
existent des menus en demi-portions à 13 € et 8 €.
Malgré ces prix extrêmement raisonnables, le choix
est délicat, les quantités copieuses. Suivant la
saison, vous commanderez auprès d’Isabelle Bagnis,
toujours souriante, par exemple, en entrée, d’excellent
raviolis à la pâte fine, ou une terrine d’artichauts
violets, crème à l’aïoli, petite salade
aux pignons, ou encore des quenelles (où en sert-on encore
à part ici ?) de brandade de cabillaud aux olives sur croûtons
et petite salade.
Parmi les plats : contre-filet aux cébettes et pignons,
fricassée de lapin au pistou ou mijoté d’agneau
à la crème de moutarde.
Dans les desserts : crème légère à
l’orange, clafoutis aux nectarines et amandes, ou compotée
de prunes, glace vanille et concassée de pistache.
Les vins, eux, sont paradoxaux. D’une part, ils restent
dans une gamme de prix assez doux : une vingtaine à une
quarantaine d’euro, si l’on s’approche d’une
autre colline, celle de Bellet. D’autre part, ils sont en
général fort tanniques. Exemple : un Bordeaux titrant
14,5° à 25 € ! Avantage pour la conduite du retour
: on le boit au compte-gouttes..