|
VISITE
DE LA MAISON D’ARRET DE MONACO
Dans le courant du mois d’octobre dernier, à
l’initiative de l’Association de Criminologie
de la Faculté de Droit, et sous la houlette
de notre Confrère, le Professeur Marcel CULIOLI,
nous avons procédé à une visite
«guidée» de la maison d’arrêt
de MONACO,
Une démarche s’inscrivant tout particulièrement
dans l’actualité française, à
l’heure où la Chancellerie élabore
activement les grandes lignes de la future loi pénitentiaire.
Notre confrère Valentin CESARI et moi-même,
entourés des étudiants du Master II
« Politique de la ville » , avons été
accueillis par le Directeur et le Directeur adjoint.
Nous avons tout d’abord été reçus
dans le bâtiment administratif, où le
directeur nous a exposé le déroulement
de la matinée : visite des locaux en compagnie
du gardien chef, et retour dans la salle de réunion
pour nous entretenir avec les responsables, poser
les questions et formuler les remarques suscitées
par la visite.
I - Historique :
La prison date de 1865.
Avant, les geôles se trouvaient sous le Palais
de Justice.
En 1987, d’importants travaux d’extension
ont été réalisés.
La prison a été entièrement rénovée
en 1999/2000.
Après la spectaculaire évasion en janvier
2003 de Ted Maher et Luigi Ciardelli, les mesures
de sécurité ont été renforcées.
II - Quelques données générales
:
Devant la difficulté de trouver des monégasques
pour occuper les postes de direction, la Principauté
recrute dans l’école nationale d’administration
pénitentiaire française.
Seuls les détenus monégasques restent
purger leur peine.
Pour les « étrangers » (principalement
des français), si la peine est inférieure
à 4 mois, ils peuvent l’exécuter
sur place ou, à leur demande, être transférés
en France.
Pour les peines supérieures à 4 mois,
ils sont transférés en France.
III – Les locaux :
La maison d’arrêt est située dans
le quartier du Rocher, sous le Musée Océanographique,
côté mer.
Sa capacité est de 80 places. Elle n’est
pas actuellement entièrement occupée.
Nous avons accédé à « l’accueil
» où sont effectivement accueillis les
détenus et les visiteurs (avocats, famille,…).
Accompagnés par le gardien-chef, nous avons
traversé les sas de sécurité,
ouverts au moyen de cartes magnétiques, avec
un système de « double sécurité
».
Le couloir ouvre sur les parloirs (parloirs avocats
et parloirs famille).
Dans une petite salle sont rangés les «
uniformes » que revêtent les détenus
à leur arrivée.
Il s’agit de survêtements achetés
à Décathlon.
La maison d’arrêt est entièrement
climatisée. Elle est propre et bien entretenue.
Le gardien-chef nous explique qu’en raison des
problèmes d’humidité (liés
à la proximité de la mer), les peintures
sont refaites tous les deux ans.
Du fait de l’insuffisance de lumière
naturelle, l’éclairage électrique
fonctionne dans la journée.
Toutes les cellules sont équipées de
la télévision.
Nous visiterons successivement le quartier des femmes
– qui sont présentes-, celui des hommes
majeurs – vide, pendant la promenade - et celui
des mineurs – à peu près inoccupé.
Chaque quartier est strictement délimité.
A l’extrémité du couloir desservant
le quartier des femmes, une petite salle est équipée
de quelques appareils de musculation.
Dans le quartier des hommes, nous verrons les douches,
les cellules – qui abritent 3 à 4 détenus
-, la bibliothèque, l’infirmerie, la
chapelle.
Un prêtre y dit la messe régulièrement
– il faut rappeler que la religion catholique
est religion d’Etat en Principauté- ;
les autres cultes peuvent également être
pratiqués librement.
Puis nous nous rendons au gymnase entièrement
couvert, et à la cour extérieure.
Nous terminons par la visite du poste de sécurité
située à l’entrée : une
surveillance 24 heures sur 24 est organisée,
nécessitant une présence permanente
pour observer les écrans, de multiples caméras
étant installées de manière à
couvrir l’ensemble de la prison.
IV - La vie au-delà du parloir :
Nous, avocats, ne connaissons en définitive
des maisons d’arrêt que l’entrée
et le parloir « avocats ».
La visite ainsi organisée et les explications
fournies par l’administration pénitentiaire
ont permis de mieux appréhender la vie au-delà
du parloir :
Les journées des détenus sont rythmées
par deux douches et deux promenades quotidiennes.
Des projections de films sont régulièrement
organisées, ainsi que des spectacles.
Les avocats peuvent venir tous les jours, y compris
les dimanches et les jours fériés.
Médecin, assistante sociale, psychologue sont
également présents de façon régulière.
Des activités gratuites sont proposées
aux détenus (cours de français, mathématiques,
langues, peinture, sport, …)
Ils peuvent également acheter un certain nombre
de produits (alimentaire, journaux, …) proposés
dans l’enceinte.
La cuisine est faite sur place (un cuisinier, trois
aides cuisinières, un responsables des achats)
et tient compte des exigences alimentaires liées
à la santé des détenus ou aux
cultes.
La discipline :
A l’intérieur de chaque quartier, toutes
les portes des cellules sont … ouvertes. Les
détenus peuvent se déplacer librement
d’une cellule à l’autre.
Le gardien nous explique que les cellules restent
ouvertes de 8 heures à 11 heures et de 14 heures
à 18 heures.
L’alcool est interdit, de même que l’usage
des portables.
Il nous est expliqué que l’obligation
pour chacun de revêtir la même tenue (survêtement)
a pour but d’instaurer une égalité
de traitement entre les détenus et de gommer,
pour le temps de la détention, les marques
de « richesse » ou de « pauvreté
» qui s’attachent aux vêtements
et accessoires vestimentaires…
Le directeur nous précise que ce régime
est bien vécu par les détenus.
(Si l’objectif poursuivi peut être justifié
pour les condamnés, il l’est beaucoup
moins pour les personnes placées en détention
préventive, qui sont présumées
innocentes !)
La télévision s’arrête à
minuit, de manière à éviter que
les détenus passent des nuits entières
devant la TV et dorment jusqu’à midi.
L’objectif : les maintenir dans un rythme de
vie « normale », de façon à
ce qu’ils n’aient pas de peine à
reprendre la travail à la sortie.
V - Les résultats :
Le Directeur nous indique qu’il n’y a
pratiquement pas de tentative de suicide, pas de casse
ni d’actes de vandalisme.
Nous n’avons pas eu d’informations particulières
sur le taux de récidive.
Les raisons du succès :
A MONACO : pas d’alternance politique ! Il y
a donc une véritable continuité dans
la gestion des administrations.
En outre, la Principauté met à disposition
de l’administration pénitentiaire des
moyens matériels satisfaisants.
Enfin, la politique menée à l’intérieur
de la prison est basée sur la promotion du
respect réciproque (vouvoiement entre les gardiens
et les détenus, sanction automatique des manquements
au règlement intérieur, …) et
le souci constant de la réinsertion.
Les limites :
- L’absence de travail : les entreprises monégasques
n’ont pas répondu à l’appel
et n’ont pas fourni aux détenus de travail
rémunéré pouvant être exécuté
à la Maison d’Arrêt. Il y a bien
une possibilité de travailler sur place, en
s’occupant, du linge, du ménage, …moyennant
une rétribution, mais ce n’est pas suffisant.
- L’espace manque pour créer des ateliers,
d’autres salles de sport…
Mais la limite liée au manque d’espace
n’est pas spécifique à la Maison
d’Arrêt : c’est LE problème
de la Principauté !
Pour les étudiants :
Pour la plupart des étudiants du Master II
« Politique de la ville », cette visite
était la première immersion en milieu
carcéral.
Beaucoup se sont dits surpris par le calme (voire
la « discrétion ») du lieu, la
propreté et le confort des installations.
L’exiguïté, le manque de lumière
naturelle, et l’absence de véritable
projet de réinsertion pour les détenus
constituent leurs critiques les plus récurrentes.
VI - Le « modèle » est-il transposable
en France ?
Rien n’est moins sûr …
Plusieurs raisons sont évidentes :
- MONACO est un tout petit pays,
- Qui bénéficie à la fois de
stabilité politique et de prospérité
économique,
- La délinquance y est proportionnée,
quantitativement et qualitativement (beaucoup d’infractions
financières, de courtes peines pour alcool
au volant, …)
- l’Administration Pénitentiaire dispose
de moyens financiers conséquents. Le Directeur
a conclu en ces termes : Notre Maison d’Arrêt
est à l’image de la Principauté…
|