Espace Avocats

DES MARCHES AU MARCHÉ DU FESTIVAL DE CANNES

Propos recueillis par Jean-Jacques Ninon


Des marches du Palais de Justice à celles du Palais des Festivals de CANNES et à son marché, il n'y a qu'un pas que notre confrère Robert CERESOLA franchit chaque année au mois de mai. Entretien.


Infos Ordre - Le Marché du Film de CANNES, qu'est ce que c'est exactement ? A quoi sert-il ?

Robert Cérésola - Le Marché du Film est le volet commercial du Festival de CANNES.
Les professionnels du cinéma (producteurs, distributeurs, exploitants de salles, auteurs, professionnels divers) viennent y présenter leurs produits ou projets en cours de production ou bien acquérir, négocier les droits de diffusion et d'exploitation des films présentés dans les différentes sélections du Festival de Cannes lui-même (une cinquantaine chaque année) et le plus souvent d'œuvres audiovisuelles uniquement diffusées dans les salles du Marché ou sur support DVD (environ 4 000 films tous genres confondus).

Le Marché du Film, qui se déroule parallèlement au Festival de CANNES et généralement dans la deuxième quinzaine du mois de mai, bénéficie de sa médiatisation pour mettre en rapport entre eux les professionnels du cinéma du monde entier.

Infos Ordre - Est-ce un salon professionnel de plus ?


Robert Cérésola - Absolument pas. Le Marché du Film de CANNES est certainement la plus grande manifestation mondiale des professionnels du cinéma. Sa fréquentation est en hausse constante chaque année.

Avec plus de 10 500 participants en 2007 en provenance de 92 pays différents, toutes les cinématographies du monde ou presque furent représentées.
Ce marché "de Provence" fait ainsi du bien tant au cinéma qu'à la ville de CANNES.

Infos Ordre - Comment as tu intégré le Marché du Film ?

Robert Cérésola - Dans le cadre de mes études universitaires, je m'étais spécialisé en droit d'auteur et droits de la propriété intellectuelle et artistique et j'avais soutenu une thèse de doctorat sur le droit audiovisuel européen (1) .

Par la suite et en tant qu'avocat, j'ai eu à traiter quelques dossiers en rapport avec ces matières.

Parallèlement et en tant que cinéphile assidu, je fréquente depuis plus de 20 ans le Festival de Cannes. Je n'ai manqué aucun millésime depuis 1981 et j'ai eu l'opportunité, il y 5 ou 6 ans, de solliciter mon inscription au Marché du Film en joignant l'utile à l'agréable.

Infos Ordre - Est ce qu'un avocat peut y faire son "marché" ?


Robert Cérésola - Tout participant au Marché du Film figure sur le guide annuellement réédité du Marché et a accès, muni d'un code personnel, aux données du site Internet du Marché : www.cinando.com.
On peut en outre participer à des conférences sur le droit audiovisuel qui devraient pouvoir être validées dans le cadre de notre formation professionnelle... Plus sérieusement, c'est le plaisir de voir une multitude de nouveaux films chaque année qui anime mon désir de participer à cette manifestation.

L'inscription est payante et il ne faut attendre aucun "retour sur investissement" en matière de dossier. Les juristes de l'industrie française du film restent principalement basés à PARIS.

Infos Ordre - Cela te donne donc la possibilité de voir les films en avant première à chaque festival.
Robert Cérésola - Bien évidemment. J'ai en réserve des souvenirs éblouissants de projections et de rencontres diverses avec des personnes célèbres ou moins célèbres.

Infos Ordre - Une anecdote ?

Robert Cérésola - C'était à l'ouverture du "bunker" (actuel Palais des Festivals) en 1983. J'étais à l'époque accrédité en tant que simple cinéphile et j'avais pu avoir une invitation pour assister à la projection du merveilleux film du Japonais ShoHei Immamura, "La balade de Narayama", qui allait décrocher la Palme d'Or cette année là.

Une fois à l'intérieur je fus placé dans le carré VIP et alors que l'obscurité se fit dans la salle une silhouette vint s'asseoir à côté de moi. A la fin de la projection, une fois la lumière revenue, je m'aperçus que j'étais assis à côté de François Truffaut, mon cinéaste préféré à l'époque.

Très impressionné je n'osais bouger et j'assistais ainsi à la projection suivante à ses côtés sans que l'ouvreuse n'osât s'enquérir de l'identité et du titre du voisin de l'illustre cinéaste. J'appliquais alors, sans le savoir, les préceptes du jeune Truffaut qui dépourvu "d'argent de poche" a confessé avoir assisté à certaines projections de film en resquillant sa place, notamment en pénétrant par l'issue de secours. Un chemin qui le mena tout droit au métier de critique de cinéma.

Infos Ordre - A ce sujet, à quand la rédaction pour le futur « Bulletin de l’Ordre », ex-« Bulletin de l’Ordre », d'une ou plusieurs critiques de film vus à Cannes ?

Robert Cérésola - Au prochain numéro ....

(1) "Element d'une stratégie juridique pour un espace audiovisuel européen". Thèse de Doctorat IDPD NICE 1990.